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Rusalka à Fribourg / épisode 1 : plonger dans Rusalka

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Le 2 janvier 2026, j’ai dirigé une représentation du célèbre opéra de Dvořák au Nouvel Opéra Fribourg, en Suisse. 

Pour comprendre comment j’en suis arrivée là, il faut remonter un peu en arrière.

Mon histoire avec Rusalka ne date pas d’hier. Ma première production a eu lieu en juin 2023 à l’Opéra-Théâtre de Metz, avec Kaspar Zehnder à la baguette et Paul-Emile Fourny à la mise en scène. J’étais engagée comme cheffe de chant, c’est-à-dire que je devais connaitre à la fois la réduction pour piano pour pouvoir la jouer en répétition, et les parties vocales afin de guider au mieux les chanteurs solistes dans leur travail. En moyenne, je prévois un mois de travail personnel en amont de la première répétition d’un ouvrage. Je parlerai en détail de la préparation des chefs de chant dans un prochain article si ça vous intéresse !

Pour apprendre Rusalka, j’ai ouvert la partition bien plus tôt, dès le mois d’août 2022, alors que je me trouvais en Russie. Il me fallait me familiariser avec une nouvelle langue (écrire toute la traduction, me renseigner sur la prononciation du tchèque, ses liens de parenté avec le russe que je parlais alors), et avec un nouveau langage musical. L’œuvre a été créée en 1901, au tout début du XXe siècle naissant, encore sous l’influence de la musique de Wagner. Car Rusalka est un « petit Wagner », pour reprendre l’expression d’une collègue cheffe de chant à l’Opéra de Paris (coucou Florence !). L’œuvre se déroule sans temps mort, enchaînant changement de tempo, d’armure, de caractère, pendant chacun des trois actes. Pas un instant de repos pour le pianiste, concentré sur chaque altération accidentelle, des passages écrits en si double bémol majeur à penser en enharmonie (pourquoi faire simple !), les yeux rivés sur la battue du chef quand ce n’est pas sur le texte tchèque pour détecter les éventuelles fautes de prononciation.

Ma première « générale piano » de l’œuvre, en juin 2023, m’a laissé éreintée, lessivée, reconnaissante des deux entractes nécessaires pour changer le décor, qui m’ont permis de retrouver mon souffle et un peu de fraîcheur pour mon dos et mon cerveau.

Œuvre intense, également dans l’histoire qu’elle raconte : une jeune ondine, désireuse de se rapprocher du prince dont elle est tombée amoureuse, échange sa voix contre des jambes, puis navigue en silence dans un monde qui n’est pas le sien, avant de disparaître dans les flots. Cette difficulté de communication, cette incompréhension entre deux mondes opposés, c’était ce que je vivais à l’époque dans ma vie personnelle, écartelée entre la France et la Russie. Comme souvent dans les opéras qui me touchent, il y a une part de résonnance entre un personnage et mon propre chemin.

Deux ans plus tard, en mai 2025, la production de Metz est reprise à l’Opéra de Massy, de nouveau sous la baguette de Kaspar Zehnder, et je suis de nouveau cheffe de chant. Cette fois, l’œuvre a mûri dans ma tête et dans mes doigts, la générale piano se déroule presque sans effort : le temps avait fait son œuvre. En outre, j’étudie la direction d’orchestre depuis déjà deux ans, et j’observe sous un autre œil les techniques de direction et de répétition du chef. Pendant les représentations, quand je ne suis pas à l’orgue, je me tiens en coulisses, face au retour vidéo du chef, et je dirige en même temps, pour moi-même. Cette musique me parle et je la connais sur le bout des doigts.

Et puis, un matin d’octobre 2025, je reçois un message de Kaspar Zehnder.

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